Pages : Sommaire - 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9

1. Introduction

Club omnisports, le Havre Athletic Club compte maintenant cent années d’existence, par celles de ses sections qui constituèrent sa raison d’être. C’est de leur fait qu’en 1872 Le Havre fut le berceau du football en France, sous les auspices de notre vieux Club.

Ce sport avait une ascendance britannique, mais ses origines étaient plus lointaines dans le temps, voire dans l’espace, et sa codification par les Anglais apparaît comme l’aboutissement d’une longue évolution.

Le jeu étant un des besoins de l’espèce humaine, lancer une balle avec les mains ou les pieds, quoi de plus naturel ? Ainsi dès avant l’ère chrétienne, cela se fit, paraît-il, en Chine, à l’instigation d’un astucieux empereur qui y vit une forme efficace d’entraînement militaire, car ce jeu de ballon suscitait de terribles bagarres. On retrouve ses traces en Grèce (les Spartiates ce pouvaient négliger un tel moyen de durcir leurs jeunes), dans l’Empire Romain, en Gaule…

On a davantage de précisions et de certitudes sur sa pratique au cours des époques postérieures. Au Moyen-Age, le jeu s’appela « choule » ou « soule », du nom de la sphère de cuir bourrée de son ou de foin. Deux camps se disputaient la « soule » et pour se l’approprier tous les coups étaient permis. Les rencontres n’allaient jamais sans de nombreux blessés. Il y eut même des morts, ce qui amena le pouvoir royal à promulguer des interdits ! La Soule avait surtout les faveurs des Bretons et des Normands.

En Angleterre le jeu eut encore plus de succès. Une estampe du début du XIXe siècle montre des garçons disputant violemment un « match » dont l’arbitre était… à cheval !

Des sportsmen britanniques pensèrent alors qu’il fallait réglementer ce jeu anarchique et en 1863 fut créée l’Association du Football (The Football Association). Les clubs adhérents s’engageaient à se conformer aux règles du jeu que le groupement avait établies.

Le football, comme son nom l’indique, se jouait uniquement avec les pieds, mais des pratiquants qui voulaient utiliser aussi les mains quittèrent la Football Association et formèrent un groupe dissident qui prit le nom du collège de Rugby où il fut constitué.

Il y eut Football-Association et Football-Rugby. Pour les distinguer, on appela longtemps la première « l’Association » simplifiée familièrement chez nous en « assoce ». Ce mot « assoce » servit jusqu’à la guerre de 14-18 et même un peu au-delà, puis il tomba en désuétude. Il n’y eut plus dès lors que les appellations football et rugby.

La véritable origine du football tel que nous le connaissons, se situe donc en 1863 en Angleterre et ce n’est que neuf ans après, en 1872, qu’il apparut en France, précisément dans notre ville du Havre.

Le Havre, grand port marchand de la Manche, entretenait des relations commerciales et maritimes étroites avec l’Angleterre. Il y avait sur notre place des agences anglaises, avec du personnel anglais, des marins d’outre-Manche y séjournaient fréquemment. Ces jeunes gens se mirent à pratiquer chez nous leur jeu de ballon. Quelques Havrais se joignirent à eux.

Ce qu’ils pratiquaient tenait à la fois de l’association et du rugby et pour cette raison était qualifié : « combination », mais lorsqu’il fut officialisé, le Havre Athletic Club comporta deux sections distinctes (en attendant les nombreuses autres) une d’association et une de rugby, certains joueurs pratiquant dans les deux jusqu’en 1914.

On a peu de détails sur les débuts : on sait seulement que les parties se déroulaient sur un terrain vague sis à la frontière du Perrey et de l’avenue Foch (alors second tronçon du boulevard de Strasbourg). Ce terrain devenu inutilisable, les pionniers du H.A.C. jouèrent à l’angle des boulevards François-Ier et de Strasbourg (avenue Foch). Aujourd’hui une gravure dans la pierre de l’immeuble de cet angle, rappelle judicieusement les origines. Mais une nouvelle fois les joueurs durent émigrer et jetèrent leur dévolu sur un emplacement près du canal Vauban, ce qui n’alla pas sans complications en raison de l’éloignement, du fait aussi qu’ils jouaient entre midi et 2 heures. On organisa un service de transports par omnibus hippomobile, mais c’était très onéreux pour le club qui n’avait d’autres ressources que les cotisations de ses membres. Combien étaient-ils ? A peine deux douzaines.

Naturellement ils jouaient entre eux puisqu’il n’existait pas encore d’autres clubs de ce côté de la Manche. Racing Club de France et Stade Français, les premiers à Paris, naquirent un peu plus tard. Par conséquent, pas de compétitions excitantes de nature à attirer un public payant. Aussi bien, le grand public ignorait-il football et footballeurs. Les journaux n’en parlaient point et quand d’aventure un Havrais moyen apercevait dans la rue un joueur dans son étrange tenue, il le prenait pour un fou. Les rares personnes qui passaient près du terrain et s’arrêtaient quelques instants devaient penser de même que ces poursuites acharnées et incompréhensibles d’un ballon étaient quelque peu démentielles.

Pages : Sommaire - 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9