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2. A la recherche du passé

On a peu de détails, avons-nous dit, sur les débuts. Tout de même, un des fondateurs, C.E. Gabain, a écrit quelques souvenirs et, plus tard, Marcel Eloy, président de la section athlétisme et secrétaire de la section football au cours de l'entre-deux guerres, avait réuni des éléments qui lui permirent de rédiger une petite histoire du H.A.C. à l'occasion du Soixantenaire. A notre tour nous avons glané dans ces deux documents quelques épisodes agrémentant notre historique de caractère plus synthétique.

C.E. Gabain note qu'à l'origine le groupement s'appelait Havre-Football-Club qui prit le nom général de Havre-Athletic-Club lorsque son activité sportive ne se borna plus au seul football. Il écrit : " A le comparer avec les sociétés qui existent maintenant en France, le Havre-Football-Club originel était une bien modeste affaire. Le nombre total des membres ne dépassait pas 15 ou 18, leur âge allant de 16 à 40 ans. De ce nombre, bien souvent, il ne s'en trouvait pas plus d'une demi-douzaine à jouer. La semaine anglaise n'existait pas à cette époque et, comme il ne pouvait être question de jouer le dimanche, la partie se déroulait une fois par semaine à l'heure de fermeture des bureaux, dans le milieu de la journée. En tenant compte du temps nécessaire pour se rendre au terrain, s'équiper, se rhabiller, déjeuner et retourner au bureau, il ne restait jamais plus d'une demi-heure libre pour le jeu.

Le seul terrain se trouvant à une distance raisonnable était une pièce de terre vacante située entre le boulevard François-Ier et ce qui est maintenant la rue Augustin-Normand. Une forte palissade en bois la fermait de deux côtés et comme le terrain était très étroit la clôture constituait la limite même du jeu. Il en résultait des chocs pénibles et dangereux quand il se produisait des " accrochages " à proximité.

Notre chef et, de loin, notre meilleur joueur, celui qui, en fait, fut l'organisateur du club, était le Chapelain Anglais, Reverend George Washington. (Il fut le secrétaire du premier Comité présidé par F.F. Langstaff. Curieusement, le H.A.C. a eu un second Reverend avec J.E. Orlebar qui, lui, fut président).

La tenue des joueurs consistait en une blouse de coton blanc, avec soutache bleue aux manches, ce qui était alors le costume le meilleur marché que l'on put trouver. Je n'ai pas besoin de dire que l'équipement n'offrait guère de résistance aux chocs un peu ardents et qu'il était souvent réduit en lambeaux.

A cette époque, on n'avait jamais encore entendu parler de football, pas plus au Havre qu'ailleurs en France, et les gens qui regardaient par les fentes des palissades se demandaient avec anxiété à quoi pouvaient bien s'essayer ces individus en blouse blanche.

Je me souviens que, me promenant un jour sur le boulevard, j'entendis deux hommes, qui suivaient le jeu, échanger leurs impressions sur la signification des choses extraordinaires qui se passaient derrière la clôture : " Ah ! Je sais ce que c'est, s'écria à la fin l'un d'eux, ce sont les clowns du cirque qui font une répétition pour leur représentation de ce soir ! ".

Il y avait très peu d'argent parmi les plus jeunes membres du club, aussi fallait-il prêcher l'économie, et les seules dépenses - ou à peu près - auxquelles nous avions à faire face étaient l'achat de blouses de coton, soit 3 ou 4 francs chaque, et la location de la chambre qui nous servait de vestiaire, qu'un boulanger de la rue Augustin-Normand mettait à notre disposition moyennant un loyer de 1 franc par semaine. "

Passons maintenant aux " souvenirs " recueillis par Marcel Eloy :

Quoique parmi les pratiquants se soient trouvés dès le début quelques Havrais, le plus grand nombre étaient Anglais et comme, d'autre part, le jeu venait indiscutablement de l'autre côté du détroit, tous ceux qui, directement ou indirectement, s'intéressaient à ce sport étaient immédiatement sacrés " Anglais " par les profanes.

C'est le 20 octobre 1884 que notre club fut définitivement réorganisé. La chose se passa à l'occasion d'un " paper-chase " mis sur pied par un groupe de jeunes gens, la plupart de nationalité anglaise, à disputer le jour de la Toussaint.

Donnons, à l'intention de la postérité, les noms de ces humbles artisans du sport : le Reverend J.-E. Orlebar fut appelé à la présidence du groupement, tandis que M. J.-E. Mason se voyait chargé du secrétariat et que M.G. Langstaff (fils du premier président F.F. Langstaff) endossait la responsabilité de la trésorerie.

Une grave question se posa dès ce moment : quel football pratiquerait-on ? Il se trouvait, en effet, qu'à cette époque, trois espèces de football avaient leurs partisans : l'association et le rugby tout d'abord, puis la " combination " sorte de mixture bizarre des deux autres.

Le 18 novembre 1884, l'Assemblée Générale du club, réunissant 24 membres, eut à se prononcer sur ce point capital, et les archives ont conservé le résultat du scrutin qui fut le suivant :

  • Pour la " combination " : 12 voix
  • Pour l'association : 10 voix
  • >Pour le rugby : 2 voix

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