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La " combination " fut donc adoptée, mais ne dura pas. Comme les règles de la Fédération anglaise ne convenaient pas tout à fait à nos Hacmen, ceux-ci les modifièrent froidement pour les adapter à leurs goûts. Le fait n'avait d'ailleurs aucune importance, puisque non seulement il n'existait en France aucun pouvoir dirigeant pouvant les rappeler au respect des convenances, mais encore ils n'avaient aucun adversaire à rencontrer, à moins d'aller en chercher à Paris, ce qui eût été considéré alors par les gens sensés comme une impardonnable folie.

Les autres clubs qui peu à peu se constituèrent ne tinrent pas plus compte des règles fixes auxquelles nos voisins britanniques se pliaient déjà.

Il nous faudra attendre la création de l'U.S.F.S.A. et des épreuves officielles pour arriver à une complète unification des règles.

Nous ne souvenons que trop bien d'une Assemblée annuelle du club, très animée, qui devait préparer la sison de jeu commençant la semaine suivante. Il y avait eu une discussion prolongée relativement à des propositions de modifications aux règles, si bien que la réunion avait dû être renvoyée au lendemain soir, minuit sonnant avant que l'accord ait pu se faire.

Quelle ne fut pas notre stupeur, en arrivant au terrain, de constater qu'au cours de l'été on avait construit une maison au beau milieu ! Aucun de nous n'avait songé à se rendre compte, en passant par là, si notre " ground " était en état (le boulevard François-Ier était alors fort peu construit) : nos membres les plus éloquents s'étaient donc enroués à discuter pendant deux soirées consécutives pour adapter les règles du jeu au terrain particulier sur lequel il devait se pratiquer ; mais il n'était venu à l'idée de personne de s'assurer auparavant si l'emplacement était encore disponible.

Les " répétitions des clowns du cirque " sur le boulevard François-Ier connurent une fin navrante et prématurée.

L'année suivante nous fûmes autorisés à jouer sur une pièce de terre formant l'encoignure du boulevard de Strasbourg et du boulevard François-Ier (ce lieu s'appelait la " Mare aux Huguenots ").

Le terrain était souvent recouvert d'eau au cours de l'hiver. Dans notre ignorance de ces questions techniques, nous nous laissâmes persuader par un entrepreneur que cet ennui disparaîtrait si l'on y charroyait une quantité suffisante de terre pendant l'été et nous fîmes la dépense assez lourde de 100 à 150 " banneaux " qui furent répandus sur les parties du sol où l'eau s'amassait l'hiver.

Les membres du club furent, selon l'habitude, réunis à l'automne ; après de longues discussions, on vota les règles du jeu susceptibles de s'adapter au nouveau terrain et la date d'ouverture fut fixée. Hélas ! Nous étions voués à une déception nouvelle. Les éléments ne nous étaient pas favorables, une pluie abondante était tombée au cours de la semaine précédente et, quand nous arrivâmes au jour dit, la plus grande partie du sol était recouverte de 6 pouces d'eau. Nous nous rendîmes compte alors, ce que nous aurions pu apprendre plus tôt, si nous avions consulté quelqu'un de compétent, qu'au lieu de 100 ou 150 charrois de terre, dix fois cette quantité, en même temps qu'un bon drainage, auraient été nécessaires.

Nous nous souvenons aussi que, lorsque, grâce à l'aide financière de nos membres les plus fortunés, nous pûmes organiser un dîner, nous fûmes honorés de la présence de M. Félix Faure qui, dans un Anglais quelque peu décousu, leva très cordialement son verra à la santé du Havre-Football-Club (alors qu'il était devenu Havre-Athletic-Club). "

Voilà donc quelques épisodes des modestes débuts, alors que personne n'imaginait que c'étaient ceux d'un grand futur club.

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